Sur Vedocci : André Marcon : « Je ne doute pas qu’on réussisse »

Par Mael LE HIR on 14 avril 2011

 

« Je ne doute pas qu’on réussisse » : c’est par un entretien avec André Marcon, président de l’ACFCI, que s’ouvre le dossier de Commerce International sur la nouvelle donne des CCI en France : « Depuis le 1er janvier dernier et jusqu’au 1er janvier 2013, leurs ressources vont être mutualisées à l’échelon régional au sein des nouvelles CCIR. Les élus, eux aussi, ont changé, puisqu’on dénombre 40 % de nouveaux visages parmi les présidents issus des élections consulaires de la fin 2010. »

 

« Si les chambres sont inutiles, il faut les supprimer »

 

A. Marcon insiste sur le collectif : « Si, hier, nous pouvions trouver de la pertinence à chaque CCI individuellement, demain, nous ne pourrons trouver cette pertinence que si la CCI joue collectif. » « L’important demeure toutefois de réussir collectivement en imaginant dès aujourd’hui ce que chaque CCI territoriale (CCIT) souhaite faire de sa Chambre de commerce de région (CCIR), de lui donner un objectif, une stratégie, une perspective. » « la force du réseau réside encore une fois dans le jeu collectif » Et de revenir sur un vieux serpent de mer : le logo des CCI et l’absence actuellement d’une identité graphique commune aux CCI (« si nous communiquions avec un logo unique, alors nous pèserions encore davantage à tous les niveaux de nos missions »).

 

Ensuite (et dans la continuité de ce dernier point), il souhaite rendre les CCI incontournables : « Nous devons faire en sorte d’être de moins en moins incontournables et que, petit à petit, sur chaque sujet, on reconnaisse notre expertise afin que l’on fasse appel à nous spontanément. » Cela concerne particulièrement l’international ou encore l’aménagement du territoire.

 

Puis il explique la gouvernance mise en place à l’ACFCI, et présente ses 3 premiers vice-présidents (issus des CCI de Marseille, Paris et des Deux-Sèvres).

 

Enfin, l’entretien se termine sur 2 problématiques. D’une part, la faible participation aux élections (« Quand quelque chose fonctionne plutôt bien, on ne se préoccupe pas de vouloir le changer. Dans un cadre général, on peut sûrement penser que les CCI sont dans cette problématique. Pour en sortir, il faut donner la conviction aux chefs d’entreprise qu’ils font partie d’une famille et qu’il doivent se montrer très solidaires de cette famille, parce que sa qualité en dépend. »). D’autre part, la situation en Espagne (suppression des ressources fiscales des chambres) qui fait dire à A. Marcon : « Si les chambres sont inutiles, il faut les supprimer. Moi, je demeure intimement persuadé que les chambres sont indispensables à la vie économique de notre pays. »

 

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Organiser l’échelon régional mobilise les élus.

« Au niveau de la région, on conserve la gestion des domaines stratégiques transversaux, comme le développement durable, l’innovation et l’intelligence économique, c’est-à-dire l’ensemble des expertises de grande envergure qui participent à une dynamique de long terme », explique Philippe Colson, directeur général de la Chambre de commerce régionale d’Alsace.

« Nous avons intégré Ubifrance au sein de notre Chambre. Il s’agit d’un réseau supplémentaire qui s’intègre au nôtre pour les questions internationales, offrant ainsi davantage d’opportunités aux entreprises qui se tournent vers l’étranger » explique la CCIR du Limousin.

« Les chambres régionales seront également amenées à élaborer davantage de missions interrégionales. La CCIR d’Alsace envisage ainsi d’asseoir ses collaborations pour le grand export avec ses voisins de Franche-Comté, de Lorraine, de Champagne-Ardenne et de Bourgogne. » poursuit Commerce International.

 

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« Nous mettons en place une organisation dans laquelle chaque chambre territoriale pilote une fonction précise pour l’ensemble de la région. Pour ce qui est de la formation, c’est [CCIT] de la Corrèze qui est le référent pour l’ensemble de la région [etc.] » explique le président de la CCIR du Limousin. Car « chaque organisation doit mettre son ego dans sa poche et œuvrer dans l’intérêt collectif des entreprises. » Le schéma de pensée évolue explique le Directeur général de la CCIR Alsace : « les CCIT doivent avoir une pensée régionale, tout comme les CCIR doivent se doter d’une vision territoriale. »

 

Les sujets centraux

Commerce International revient plus en longueur sur quelques sujets : formation et apprentissage (« En matière de formation, les CCI travaillent déjà à l’échelon régional en raison, notamment, du rôle des conseils régionaux dans ce domaine. La réforme de régionalisation des organismes consulaires devrait donc se traduire par une rationalisation des pratiques existantes, sans grand bouleversement »), taxe d’apprentissage (« Présentée le 1er mars par le président de la République française Nicolas Sarkozy, cette réforme se traduirait par une baisse des financements destinés aux établissements d’enseignement supérieur consulaires »), international (« Avec la création, fin 2010, de l’association CCI International, le réseau veut lancer une « marque » nationale. Objectif : normaliser les services aux entreprises dans le domaine de l’export et de l’internationalisation des PME en professionnalisant les actions consulaires »).

 

Paris et Ile-de-France

Outre, donc, l’entretien avec André Marcon, Courrier international propose une interview du « dernier président de la CCIP » : Pierre-Antoine Gailly. Dernier car la CCIP va fusionner avec celle de Versailles et avec la CRCI dans un nouvel ensemble. Pour lui, « Il s’agit de savoir si nous voulons faire une chambre de région forte, fortement mutualisée, et en même temps proche et riche de ces points de proximité. » Ce qui ne va pas être évident : « Nous devons répondre à toute une série de questions. La toute première est celle des équipes et des personnels. Préparer un mouvement de 4 000 personnes pour la CCIP et d’environ 1 000 pour la CCIV, sans parler des 25 de la Chambre régionale, examiner les situations, les statuts, les organisations, préparer les convergences, gérer de façon prévisionnelle les emplois et les carrières, cela en deux ans, nous n’avons pas de temps à perdre. »

 

Par ailleurs, Commerce International rappelle la situation en Ile-de-France (qui fait suite à l’intense combat des CCI de l’Essonne et de Seine-et-Marne) : « Tout fusionnera dans un nouvel établissement de droit public, nommé Chambre de commerce de région Paris-Île de France. Tout ? Non. Deux irréductibles Chambres départementales, celle de l’Essonne et celle de la Seine-et-Marne, ont résisté et réussi à obtenir des parlementaires de conserver leur personnalité morale et juridique en tant que CCI territoriale, tout en étant néanmoins subordonnées à la Chambre régionale où elles siégeront. »